À paraître en janvier 2019

L’objectif de ce numéro 235 est d’évoquer -sans prétention exhaustive-, les apports conséquents de plusieurs grands psychanalystes britanniques, pour l’ensemble du corpus clinique et théorique de la psychanalyse. Malgré une diffusion parfois sélective et plus tardive en France qu’en d’autres pays européens et d’Amérique du Sud-, ces apports nourrissent désormais la pratique, et témoignent de la richesse de leurs avancées et perspectives permettant une approche de plus en plus subtile de l’évolution intra et intersubjective de nos psychismes.

Qui est Michael Balint?

Médecin et psychanalyste anglais né Mihaly Bergsmann (1896-1970)

Né à Budapest dans une famille de la petite bourgeoisie juive, Michael Bergsmann était le fils d’un médecin généraliste. Analysé par Hanns Sachs et contrôlé par Max Eitingon, dans le cadre du prestigieux Berliner Psychoanalytisches Institut (BPI), Balint s’orienta vers la médecine psychosomatique en soignant des patients à l’hôpital de la Charité. Puis il regagna Budapest où il refit une tranche d’analyse avec Ferenczi. En 1939, il prit la route de l’exil et arriva à Manchester.

A partir de 1946, Balint changea de vie. Installé à Londres, il commença à travailler à la Tavistock Clinic où il rencontra les grands “ténors” de l’école psychanalyste anglaise : John Rickman, Wilfred Ruprecht Bion. C’est là aussi qu’il fit la connaissance d’Enid Albu-Eichholtz, sa troisième femme. Analysée par Donald Woods Winnicott, Enid Balint (1904-1994) initia Michael à une nouvelle technique : le case work. Il s’agissait de commenter et d’échanger des récits de cas au sein de groupes composés de médecins et de psychanalystes. Cette expérience donna naissance à ce qu’on a appelé les groupes Balint.

Dans la double lignée de Ferenczi et de l’école anglaise, Balint définit une notion nouvelle, le “défaut fondamental”, désignant sous cette appellation une “zone” préoedipienne caractérisée par l’absence, chez certains sujets, d’une partie tierce structurante et donc de toute réalité objectale extérieure. Le sujet est alors seul et son principal souci est de créer quelque chose à partir de lui-même. L’existence de ce défaut ne permet pas l’instauration d’un contre-transfert. L’analyste est donc obligé dans ce cas de procéder à un réaménagement du cadre technique qui permette d’accepter la régression du patient.

Les groupes Balint permirent par ailleurs d’étendre la technique psychanalytique à une meilleure compréhension des relations entre les médecins et les malades.

(Extraits du dictionnaire de la psychanalyse de E. Roudinesco et M. Plon)

Depuis 2000, date de la première édition de ce livre, les signes d’intérêt et les reprises d’expériences de formation Balint se multiplient. De nouveaux séminaires et groupes de travail s’ouvrent non seulement à l’intérieur des sociétés médicales Balint mais également dans des sociétés analytiques. Un regain d’affluence est noté aux congrès nationaux et internationaux. La méthode Balint a été introduite dans la formation des médecins, et des groupes de réflexion, des séminaires sur la relation médecin-malade et des groupes de parole prennent place dans les services de médecine comme dans les équipes de soins palliatifs. Enfin, des universités ont remis dans leur programme des cours sur la relation médecin-malade et des groupes de discussion de type Balint.

Pour toutes ces raisons, une nouvelle édition de cette biographie intellectuelle s’imposait. Elle conduit le lecteur dans l’intimité de la vie de Michael Balint, tout en reconstituant scrupuleusement son trajet scientifique et institutionnel, depuis ses premiers travaux de chimiste jusqu’à son élection à la présidence de la Société britannique de psychanalyse, et propose une généalogie des groupes Balint à la lumière de témoignages et d’archives inédits.

Le lecteur y trouvera aussi une reconstruction de la fondation de l’« École de Budapest », et, plus largement, un portrait coloré de ce disciple de Ferenczi, qui doit à sa pensée vigoureuse, son sens clinique aigu et son indépendance intellectuelle une place de protagoniste de premier plan de la psychanalyse européenne d’après-guerre.