Quand quelque chose s’interrompt ou s’arrête, ce peut être une rupture sans appel conduisant à la désorganisation de la psyché. Cependant, ce peut être aussi une altération salutaire, source de renouveau dans un organisme autrement condamné à la répétition. Au point qu’on peut se demander si la technique de l’analyse n’a pas pour fonction (ou, à tout le moins, pour effet) de conduire le sujet à une crise. En analyse, la crise serait alors induite par la méthode. À côté des crises inhérentes à la vie de l’individu qui résonnent dans l’espace de la séance, il y aurait celles qui sont propres au déploiement de la cure. Souvent, il est vrai, celles-ci font écho à ce qui advient dans la vie des patients, exigeant alors de l’analyste une réflexion approfondie quant aux enjeux du transfert et du contre-transfert.

La mort de la psychanalyse a été annoncée dès sa naissance. Une vieille antienne, donc, à ceci près que du temps de Freud elle venait de ses détracteurs, tandis qu’aujourd’hui il arrive qu’on l’entende aussi du côté des psychanalystes eux-mêmes. Est-ce une crainte lucide ? Un espoir ? Un projet ? Un fantasme dépressif, voire hypocondriaque, dont il faudrait analyser la dimension (auto)destructrice ?

Dans cet ouvrage ont été recueillies les réflexions de divers psychanalystes s’interrogeant sur la place possible de la psychanalyse et sur ses capacités transformatives dans un monde en pleine mutation. De l’ensemble de ces textes se dégage l’idée que si l’analyse est selon toute vraisemblance mortelle, elle est bien vivante aujourd’hui, en tant que façon de penser, d’écouter et d’éclairer nos vies et notre monde intérieur, ouvrant toujours un chemin possible vers une façon plus libre, plus heureuse et plus responsable d’être au monde.