Elie G. Humbert (1925-1990), l’un des chefs de file de l’école jungienne française pendant de nombreuses années, nous livre ici la synthèse de son expérience de thérapeute et de sa réflexion sur les questions essentielles de la vie, fruit d’une collaboration étroite avec Jung lui-même. A travers une série d’articles et d’entretiens parus essentiellement dans les Cahiers jungiens de psychanalyse, dont il fut le fondateur et le rédacteur en chef jusqu’à sa mort, il met en évidence l’apport original de la pensée jungienne. L’analyse prend alors une tout autre dimension et devient le lieu privilégié de la quête du sens. « Le feu du désir, écrit Elie G. Humbert, se transforme, se purifie, dans la mesure où l’angoisse a creusé, par le deuil et en particulier par le deuil de la mère, la caverne vide. Dans cette perspective, la psychanalyse est peut-être l’art de perdre ses illusions dans un accroissement du goût de vivre. »

Première édition française de ce livre paru au État-Unis en 2016. Il est associé à l’un des principaux dilemmes de la psychologie des profondeurs et de la psychothérapie contemporaine : comment intégrer les connaissances et les résultats des neurosciences et de la médecine à une approche de la guérison fondée sur l’activation du cerveau donc de l’imaginaire.

Dans cette édition révisée, Ginette Paris recentre son attention sur le manque de désir moderne de devenir adulte et met à jour le livre avec une toute nouvelle approche des neurosciences.

Ginette Paris utilise des arguments convaincants et passionnés, ainsi que des histoires recueillies dans son cabinet auprès de ses patients. Elle a pris au sérieux l’idée que les idées, les symboles, les amis, les partenaires, les livres, la musique, le décor, la diète, les films… tout, absolument tout ce qui constitue notre environnement, a le pouvoir de produire une reconfiguration synaptique et même d’activer certains gènes plutôt que d’autres.

L’auteure présente l’inventaire des idées qui lui ont été le plus utiles pour construire ce modèle. Elle ne veut plus d’une psychologie qui ignore la neuroscience, ni de neuroscience qui se contente de servir la pharmacologie. Elle tente de démontrer l’avantage, que la psychologie a à retourner dans le champ des humanités pour redevenir ce qu’elle est vraiment : une quête de sagesse.

Quand quelque chose s’interrompt ou s’arrête, ce peut être une rupture sans appel conduisant à la désorganisation de la psyché. Cependant, ce peut être aussi une altération salutaire, source de renouveau dans un organisme autrement condamné à la répétition. Au point qu’on peut se demander si la technique de l’analyse n’a pas pour fonction (ou, à tout le moins, pour effet) de conduire le sujet à une crise. En analyse, la crise serait alors induite par la méthode. À côté des crises inhérentes à la vie de l’individu qui résonnent dans l’espace de la séance, il y aurait celles qui sont propres au déploiement de la cure. Souvent, il est vrai, celles-ci font écho à ce qui advient dans la vie des patients, exigeant alors de l’analyste une réflexion approfondie quant aux enjeux du transfert et du contre-transfert.

Pour Freud, en 1900, le rêve était la voie royale pour accéder à l’inconscient, plus précisément au désir inconscient du sujet, désir actuel et surtout infantile. Mais l’expérience clinique le confronta progressivement au point de butée de cette thèse initiale. Il fut contraint de tempérer quelque peu : comment concilier la notion de désir avec la présence, parfois récurrente et invasive, de cauchemars ou de rêves consécutifs aux traumatismes qui le répètent indéfiniment ?

Qu’en est-il pour le clinicien aujourd’hui, était l’une des questions posées par l’argument initial conjoint à l’appel aux auteurs.

L’intérêt de ce numéro des Cahiers de psychologie clinique est multiple.

D’une part, on peut y découvrir les divers contextes (historique, social et personnel) dans lesquels se sont élaborés les écrits de Freud sur le rêve (L. Prado), particulièrement ses rapports à Fliess (F. de Rivoyre).

D’autre part, le lecteur pourra s’initier aux compléments et les nouvelles élaborations proposées par les successeurs de Freud, principalement celles de Bion et de Lacan.

Avec Bion, on s’oriente tantôt vers une lecture intersubjective du rêve (M. Hebberecht), vers la fonction alpha (fonction inconsciente du moi) et vers l’élaboration de l’expérience émotionnelle actuelle (M. Van Lisbeth).

Avec Lacan, c’est la dimension du désir comme désir de l’autre qui est soulignée (L. Prado, P. De Neuter et Y. Dimitriadis), ainsi que celle de la confrontation au Réel et à la jouissance, abord du rêve qui suppose un décentrement par rapport au repérage de leur(s) sen(s). Autrement dit, le rêve sert aussi à se protéger d’une jouissance insupportable et traumatique, tout en procurant une jouissance plus modérée non seulement de l’image, ce qui se conçoit aisément, mais aussi du son, celui de la « lalangue », ce flux des signifiants parentaux dans lequel l’enfant a baigné dès son origine et que Lacan disait être le « gîte de l’inconscient » (M. Drach).

Il est dans d’autres contributions mis en évidence que le rêve n’est pas seulement le révélateur du désir refoulé du sujet. Il dévoile aussi et anticipe le travail analytique en cours. Bien plus, il y participe en ce sens qu’il soutient le processus et le dynamise. Il fonctionne notamment comme une première acceptation des éléments refoulés. Dans d’autres cas, il permet l’intégration progressive du traumatisme. Il est donc non seulement révélateur mais aussi transformateur et réparateur (D. Sens).

Enfin, on peut aussi observer que certains rêves sont prémonitoires. Ainsi, à reconsidérer aujourd’hui le rêve peu connu de Freud, rêve dit du changement d’adresse, on peut y lire que Freud comprend oniriquement et inconsciemment ses différents théoriques avec Fliess vont l’entraîner à poursuivre seul sa propre voie (F. de Rivoyre).

L’approche neurobiologique actuelle est aussi prise en compte. Dans l’article qui lui est consacré (M. Kerkhofs), il apparaît notamment que le rêve n’est pas seulement l’activité exclusive du sommeil paradoxal.

Un groupe d’articles, s’engageant résolument dans la clinique du rêve, témoignent de la manière dont ces auteurs travaillent aujourd’hui le rêve et avec le rêve.

D’aucuns revisitent ainsi l’un ou l’autre des rêves freudiens (F. de Rivoyre et Y. Dimitriadis) tandis que d’autres font état de rêves issus de leur pratique clinique. D’autres encore mettent les conceptions freudiennes à l’épreuve de leur pratique particulière. Il s’agit d’une part d’une thérapie ethnopsychanalytique et transculturelle (D. Pierre) et, d’autre part, d’une psychothérapie usant de la médiation par la création d’une image plastique, expérience qui consiste à « remplir » par la forme, ce qui s’est absenté du regard et qui vient à manquer (D. Sens). Cette dernière « confrontation » indique une analogie de fonctionnement et leur usage conjoint dans la thérapie révèle une surprenante complémentarité : la création d’images plastiques induisant la réminiscence de rêve très anciens, oubliés voire refoulés, étapes préliminaires à leur reprise dans le champ de la parole.

Cette confrontation du rêve avec les processus de création de l’image plastique n’est pas la seule. S’y trouve aussi élaborée une confrontation instructive du rêve avec les différentes composantes de la création théâtrale (M. Dubreuil). La comparaison de l’œuvre et du rêve, du dramaturge et du rêveur, de l’acteur et du personnage du rêve apportent de nouveaux éclairages tant sur le théâtre que sur le rêve, voie d’accès à cet inconscient que Freud lui-même avait désigné comme étant « l’autre scène ».

Enfin, « rêver » évoquant aussi le rêve éveillé, deux questions sont posées. La première, qui concerne le rêve en tant qu’utopie ou rêve politique (apparenté donc à l’idéal du moi) peut se formuler ainsi : « Ces rêves de jour, ont-ils eu quelques effets déterminants dans les changements de la société ? » Les observations de certains de ces changements passés ou présents (diverses révolutions accomplies au XVIIIe siècle, mai 68 et les printemps arabes) obligent à apporter des réponses nuancées et conduisent à distinguer d’une part les utopies, les rêves politiques, les idéaux révolutionnaires de liberté par exemple, et, d’autre part, les diverses personnalités amenées à penser ou à réaliser ces changements (par exemple Marx, Staline, Mao Zedong et Robespierre) (P. Desroches).

Et qu’en est-il des rêves de nuit ?

S’il semble que le rêve de nuit ne puisse être à l’origine d’une révolution politique, certains témoignages donnent à penser qu’ils peuvent induire chez le rêveur une révolution de la pensée et de la création artistique. Ce semble avoir été le cas pour Descartes, pour Tartini et pour certains surréalistes (P. Delaroche). Par ailleurs, certaines cures indiquent qu’ un rêve éveillé, un rêve d’enfance notamment, peut être tout à fait stimulant pour un sujet, sauf dans les cas où il constitue un idéal tellement élevé qu’il induise dépression et sentiment d’échec sans cesse renouvelés. Par conséquent, s’il importe de réaliser bon nombre de nos rêves de jour, il convient de se garder de faire de la réalisation de tous nos rêves, ceux du jour comme ceux de la nuit, un impératif valable pour toutes et pour tous (P. De Neuter).

Cela étant les Cahiers de psychologie clinique vous souhaitent de nombreux rêves facilitant la résolution de traumatismes passés ou présents, protecteurs de jouissances insurmontables et procureurs de jouissances bénéfiques, dynamisant vos projets et entreprises, et, pour celles et ceux qui sont engagés dans un travail analytique, de nombreux rêves participant à sa bonne évolution. Et enfin, aux cliniciens, les Cahiers souhaitent que ces lectures leur soient de la plus grande utilité dans leur pratique quotidienne.

Refouler, c’est mettre à distance ce qui est traumatisant, parce que c’est problématique, et c’est donc ce qui est problématique qui fait généralement l’objet de refoulement par des réponses appropriées, qui le déplacent, le transforment, le font évoluer. Refouler est une façon d’instaurer de la différence entre ce qui pose problème et ce qui résout. Cela va de la constitution d’un inconscient, où le refoulé demeure implicite et ignoré, à la prise en charge expresse du problématique par des formes extrêmement originales qui singularisent la problématicité tout en la véhiculant par des réponses qui semblent la résoudre.

Vienne, entre 1920 et 1930, est l’une des capitales intellectuelles du monde. Des écrivains, des musiciens, des artistes plasticiens, des savants y drainent l’élite européenne. C’est dans ces années que des hommes et des femmes rendent visite à Sigmund Freud, au numéro 19 de la Bergstrasse, dans son cabinet de travail qui lui sert à l’occasion de pièce de réception.

À partir des témoignages ‒ parfois inédits, la plupart dispersés dans des correspondances, des articles de journaux ou de revues, et des autobiographies, devenus inaccessibles ‒ de ces visiteurs, artistes, psychiatres, hommes de lettres, journalistes, pionniers de l’aventure psychanalytique, Marcel Scheidhauer apporte une contribution précieuse à l’histoire de la psychanalyse dont l’effacement contribue au sommeil dogmatique, au fétichisme des concepts et à la pétrification de vérités supposées atemporelles. Le lecteur, qu’il soit profane ou non, s’interrogera sur son propre rapport à la psychanalyse et sur les relations d’aliénation et de séparation aux figures du Maître qui sous-tendent les aléas de la transmission de la psychanalyse, les péripéties des enjeux et des tumultes institutionnels.

Dans ce second recueil d’articles et d’entretiens, E. G. Humbert (1925-1990), chef de file de l’école jungienne française pendant de nombreuses années, se révèle un fidèle disciple de Jung avec lequel il collabora étroitement, mais également – et surtout – un grand analyste à la pensée originale. Riche de son expérience clinique, il nous fait ressentir la fécondité de cette épreuve de soi-même qu’est l’analyse jungienne. Car loin de vouloir uniquement « nettoyer l’inconscient de ses scories », la démarche jungienne cherche au contraire à restituer à l’individu sa dimension réelle dont la part sombre ne saurait être exclue, le resituant ainsi dans un véritable devenir humain.

Acceptant d’emblée la gageure de répondre à la question : « l’analyse qu’est-ce que c’est ? » E. G. Humbert donne à voir l’ampleur de son propos jusqu’en ses ultimes limites puisqu’il s’agit pour lui d’une « épreuve qui passe près de la mort ». Par la suite il accorde d’importants développements au rêve, à son discours, et à son interprétation. De même il éclaire la réalité complexe des archétypes comme organisateurs inconscients et il invite, par la régression thérapeutique, à explorer « le puits de la mémoire ».

Le concept de transformation est omniprésent dans la psychanalyse, bien qu’il soit rarement utilisé d’une manière spécifique. C’est seulement avec Bion qu’il prend une signification particulière, c’est-à-dire qu’il devient un concept absolument central, définissant une nouvelle théorie et une nouvelle technique pour la psychanalyse. Au départ, Bion ne fait que proposer une théorie de l’observation en psychanalyse plus efficace et susceptible d’augmenter le niveau formel des concepts psychanalytiques. Mais bien vite, il en arrive à la définition d’un nouveau paradigme. Contrairement au paradigme classique, ce dernier peut être défini comme esthétique ou intersubjectif. La relation mère enfant est le modèle central de ce nouveau paradigme. Et la transformation est un outil des plus précieux (« clarificateur [illuminating] ») pour saisir l’évolution de l’expérience émotionnelle de la séance. Le concept de transformation permet de rendre l’analyste plus réceptif au discours inconscient et au spectre des manifestations oniriques en séance : rêverie, transformation en rêve, transformation en hallucinose, flash onirique, rêverie « somatique », etc. C’est cela qu’il s’agit d’analyser dans ce numéro issu des communications du 78e Congrès des psychanalystes de langue française.

L’objectif de ce numéro 235 est d’évoquer -sans prétention exhaustive-, les apports conséquents de plusieurs grands psychanalystes britanniques, pour l’ensemble du corpus clinique et théorique de la psychanalyse. Malgré une diffusion parfois sélective et plus tardive en France qu’en d’autres pays européens et d’Amérique du Sud, ces apports nourrissent désormais la pratique, et témoignent de la richesse de leurs avancées et perspectives permettant une approche de plus en plus subtile de l’évolution intra et intersubjective de nos psychismes.

Voici un recueil de témoignages sur notre conscience et notre présence au monde. Représentants des traditions spirituelles, psychothérapeutes et philosophes nous disent combien l’attention à l’être profond que nous sommes, et à l’existence qui se manifeste en nous et autour de nous, se révèle porteuse de sens. Il s’agit d’aimer et d’agir ici et maintenant plutôt que de ressasser le passé ou de se projeter sans cesse dans l’avenir.

« Si grande que fût l’attraction qu’exerçait sur moi la théorie de Lacan, il m’apparut à l’évidence que le projet lacanien n’était pas acceptable sans de sérieuses réserves… La théorie lacanienne était fondée sur une exclusion, un “oubli” de l’affect. » « Recentrer le problème et du même coup tenter de proposer une théorie psychanalytique de l’affect dans une visée plus générale », tel était le programme que s’était fixé André Green au début des années soixante-dix. La publication de cet ouvrage en 1973 répondait à une attente de la communauté des psychanalystes, déplorant « l’absence d’une théorie psychanalytique de l’affect satisfaisante, malgré les nombreux travaux consacrés à ce sujet ».
Partant de l’étude analytique de l’affect dans l’œuvre de Freud, puis notant les principales contributions apportées après Freud, pour comprendre l’évolution des idées dans le mouvement psychanalytique, André Green examine la place de l’affect dans les structures cliniques et la façon dont il se manifeste dans l’expérience psychanalytique. L’ouvrage se termine par des hypothèses théoriques par lesquelles l’auteur entend contribuer à l’élaboration d’une théorie psychanalytique de l’affect.

Sémioticienne, psychanalyste, romancière, spécialiste des états limites de la langue, Julia Kristeva nous éblouit par son génie protéiforme. Elle consent à livrer et à analyser ici les méandres de son parcours, de la culture communiste bulgare
à l’aventure de Tel quel, de son arrivée à Paris dans les années 1960 et de sa rencontre avec Lacan à sa propre analyse, de son intérêt passionné pour les nouvelles maladies de l’âme aux ultimes bouleversements – à la fois éthiques et politiques – qui brouillent les repères ancestraux de nos sociétés. Témoin attentif de notre temps, elle ne cesse, d’un regard aigu et enjoué, d’interroger la figure de l’Étranger, de l’Autre. En aucun cas nostalgique d’un discours religieux passéiste, elle propose une autre morale, à la fois joyeuse et sans illusion, qui invite chacun à entreprendre son propre parcours et à découvrir sa singularité.

Soulèvements populaires, jeunesse indignée, dictateurs détrônés, espoirs et libertés réprimés dans des bains de sang. La révolte serait-elle en train de réveiller l’humanité numérique de son rêve hyper-connecté ? Mais de quelle révolte parlons-nous ? Julia Kristeva s’interroge sur ce qu’est une révolte – entendue à la fois comme rénovation politique, renaissance intime et idéal éthique. Et elle redonne un sens à la pensée révoltée, aussi et surtout si celle-ci est loin des bruits de la rue et du spectacle… Pour l’auteur, nous ne sommes véritablement en vie psychique que si nous nous donnons le temps et l’espace des révoltes : rompre, remémorer, refaire. Cette «révolution» intime, l’expérience psychanalytique, entre autres, mais aussi l’écriture la rendent possible. Julia Kristeva a, pour cette nouvelle édition, dans le contexte de notre actualité et avec son double regard de philosophe et de psychanalyste, écrit une préface particulièrement éclairante.

Ce premier volume des oeuvres complètes de Pierre FÉDIDA (1963-2005), contient les textes parus entre 1963 et 1975. Ces textes reflètent l’histoire de la psychologie et de la psychanalyse ainsi que la construction des objets de recherche. Commençant avec la méthodologie des tests en milieu hospitalier, les travaux vont vite être influencés par la linguistique et le structuralisme, puis par le vif intérêt porté par l’auteur au « terrain ». S’ensuivent les interrogations des apriori institutionnels dans l’esprit des années 70 afin de contribuer à un véritable fondement de la recherche clinique en psychopathologie. L’auteur est un psychanalyste engagé auprès des infirmières, de la formation à la clinique et à l’enseignement et il participa à l’introduction des techniques de relaxation dans la psychothérapie analytique. Dans ses textes il s’interroge sur le rôle de la consultation en psychologie clinique en comparant cette dernière à celle pratiquée en médecine et se demande comment enseigner la psychologie, assurer la formation des psychothérapeutes et adapter la méthodologie de la recherche au phénomène de la perception (phénomène subjectif mais passerelle entre la psychanalyse et la phénoménologie). Reprenant la question du genre, du féminin/masculin trouvé chez Wilhelm Fliess, la pensée de P. Fédida évolue vers des objets psychiques apparaissant dans l’analyse. Ainsi commencent les travaux sur le deuil, le fantasme, la mélancolie, la phénoménologie du geste et de la forme, thématiques qu’on rencontrera tout au cours de son oeuvre jusqu’à la fin de sa vie. Dans ce premier volume le lecteur assiste à la naissance de cette écriture complexe et sensible aux mouvements transférentiels et contre-transférentiels tout en s’insérant dans une réflexion psychopathologique. Le lecteur verra surgir le style d’écriture clinique si typique et propre à Pierre Fédida dès ces premiers écrits. Son élève, puis collègue, le Pr Abbas Makké (Université Libanaise, Beyrouth, Liban) a écrit la préface en témoignage de l’influence du Pr P. Fédida sur son propre parcours.

Marie Moscovici (1932-2015), grande figure de la psychanalyse, a proposé des points de vue inédits sur l’oeuvre freudienne dans ses livres et ses articles. Son oeuvre n’est pas seulement un commentaire mais une illustration de ce que la capacité de lire peut apporter à l’écoute clinique et de ce que la capacité d’écrire peut ouvrir dans la réflexion théorique. En même temps, ces deux capacités sont au service d’une façon de prendre soin de la pratique de l’analyse – de l’éthique du métier, en somme – et de donner suite créative aux fondations freudiennes. Elle a aussi dirigé la revue L’Inactuel de 1994 à 2005 et a su, entourée des membres du comité de rédaction, animer cette revue en surpassant les cloisonnements des disciplines académiques. Elle est parvenue à en faire une revue d’intérêt général en amenant à se rencontrer différents champs de la pensée, dans une démarche se questionnant incessamment elle-même dans sa propre temporalité. Il s’agirait, dans ce numéro 13/14 d’Incidence, de tenter de cerner la spécificité du mode d’approche de l’humain, éclairé par la psychanalyse, qui s’est déployé tout au long de ce parcours éditorial.

Écrivain, psychanalyste, professeur émérite à l’université de Paris 7, Julia Kristeva est une représentante de la pensée française dont l’influence ne cesse de s’étendre en France comme à l’étranger. Son œuvre, à la croisée de plusieurs disciplines, a d’abord abordé le champ de la linguistique avec des lectures nouvelles de Lautréamont, Mallarmé, Proust. C’est ensuite sur la psychanalyse que se sont portées ses recherches. Elle est l’auteur d’ouvrages sur l’abjection, la mélancolie, les nouvelles maladies de l’âme, qu’elle étudie à la lumière des textes littéraires, Dostoïevski et Marguerite Duras notamment, et qui l’aident à analyser le nihilisme de l’ère moderne. C’est sur tous ces grands sujets qu’artpress l’a interrogée au fil des années, mais aussi sur l’art : ne fut-elle pas responsable en 1998 de l’exposition Visions capitales au musée du Louvre ?

Par Jacques Henric, Philippe Forest, Catherine Francblin, Laurence Louppe.
Préface de Philippe Forest.

« La polyphonie de l’être : voilà mon obsession. Elle est aussi bien philosophique qu’esthétique »

Dans ce recueil de quatre articles théoriques écrits entre 1976 et 1979,
W. R. Bion aborde certains de ses thèmes fondamentaux : la césure, la turbulence émotionnelle, la preuve de la pertinence d’une interprétation et les difficultés de communication entre analyste et analysant lors de l’expérience analytique. Les deux premiers articles, “Emotional Turbulence” et “On a Quotation from Freud”, ont été d’abord publiés dans les actes du congrès deTopeka (mars 1976), par l’International Universities Press, New York. Les deux autres, “Evidence”
et “Making the Best of a Bad Job” (le dernier article écrit par W. R. Bion), sont parus dans The Bulletin of the British Psycho-Analytical Society. Ces quatre textes ont été réunis par Francesca Bion, en 1987, sous le titre Four Papers et constituent aujourd’hui la troisième partie des Clinical Seminars and Other Works, publiés par Karnac en 2000. L’édition française de ces articles est suivie d’une postface par Pierre-Henri Castel, d’un index et d’une bibliographie, ainsi que d’une reproduction d’un dessin des Carnets de Léonard de Vinci, cité par Bion.

Le père : Pourquoi ?

La femme : Comment ?

Ces deux questions hantent la psychanalyse depuis ses origines. Freud lui-même ressentait l’insuffisance de ses propres réponses.

Ainsi s’annonçait ce livre lors de sa première parution en 1974. Ces questions n’ont loin de là, rien perdu de leur actualité. Cette nouvelle édition, tout en demeurant fidèle au texte originel, a été revue, réaménagée et réactualisée, elle est vraiment « nouvelle », la collection n’existait pas à l’époque, l’esprit de ce livre aurait pourtant convenu.

Jean-Claude Lavie, L’amour est un crime parfait
Dominique Clerc Maugendre, La maladie du moi
Martine Bacherich, À en perdre la tête
Paul-Laurent Assoun, Au premier regard
Edmundo Gómez Mango, Le désordre
Antoine Compagnon, L’amour, l’amour, toujours l’amour
Pierre Pachet, Vies sans amour
Francis Marmande, L’étrange amour de préférence
Jean-Paul Demoule, L’amour passé
Éric Michaud, Un Sauveur : Adolf Hitler ou La tyrannie du visible
Joseph Moingt, L’amour est de rigueur
Charles Baladier, La philosophie de l’amour et du désir au Moyen Âge
Francoise Coblence, Et l’amour, et l’autre
François Gantheret, Unissons-nous?
Evelio Cabrejo Parra, Fête narcissique des premières syllabes
Michela Gribinski, La voie passive
Michel Gribinski, Construire un feu Aimer un père

Varia, XX :
Catherine Chabert, Les trois sœurs
Adam Phillips, The unimportance of being Ernest
Alain Boureau, Revanche du lièvre
Daniel Roche, Heinele
Danielle Margueritat, Le père incorporé
Jean-Philippe Dubois, Le jeu des mots
Georges-Arthur Goldschmidt, Quand Freud entend l’allemand
Bruno Bayen, Une origine pour la nature morte
Georges Didi-Huberman, Une page de larmes, un miroir de tourments

 

Destructivité et champ du négatif

Un parcours avec André Green

https://www.psychanalyse.be/parution/la-destructivite-pulsion-de-mort-travail-du-negatif/

« Frieda Fordham a entrepris la tâche, difficile sous tous les rapports de présenter un résumé clair de mes diverses tentatives pour comprendre mieux, et d’une façon plus large, la psyché humaine. Comme je ne peux prétendre avoir atteint quelque théorie précise expliquant l’ensemble, ou même la plus grande part des complexités psychiques, mon œuvre consiste en une circonvolution autour de facteurs inconnus. Exposer d’une façon claire et simple mes idées est, par conséquent, pour le moins ardu […].

Malgré cet état de choses quelque peu problématique, Frieda Fordham a réussi à se sortir de toutes les occasions de faire des interprétations inexactes. Elle a présenté d’une façon simple et satisfaisante les principaux aspects de mon œuvre psychologique. Je lui dois beaucoup pour ce travail admirable. »

C. G. Jung

Je répète, donc je suis ! Notre vie bat au rythme de la répétition que l’inconscient nous impose. La répétition est positive quand elle nous permet d’apprendre, de créer et de nous affirmer toujours davantage. Mais la répétition peut aussi se révéler pathologique quand elle nous fait rejouer à notre insu les traumatismes de l’enfance, multiplier les ruptures amoureuses, souffrir de troubles obsessionnels compulsifs, dépendre d’une drogue, du jeu ou du sexe, ou échouer de façon répétée devant les mêmes épreuves.

Aussi dirons-nous que l’inconscient est tantôt une force de vie qui nous pousse à répéter les mêmes comportements heureux, tantôt une force de mort qui nous pousse à répéter compulsivement les mêmes comportements d’échecs.

À paraître en janvier 2019

Le concept de transformation est omniprésent dans la psychanalyse, bien qu’il soit rarement utilisé d’une manière spécifique. C’est seulement avec Bion qu’il prend une signification particulière, c’est-à-dire qu’il devient un concept absolument central, définissant une nouvelle théorie et une nouvelle technique pour la psychanalyse. Au départ, Bion ne fait que proposer une théorie de l’observation en psychanalyse plus efficace et susceptible d’augmenter le niveau formel des concepts psychanalytiques. Mais bien vite, il en arrive à la définition d’un nouveau paradigme. Contrairement au paradigme classique, ce dernier peut être défini comme esthétique ou intersubjectif. La relation mère enfant est le modèle central de ce nouveau paradigme. Et la transformation est un outil des plus précieux (« clarificateur [illuminating] ») pour saisir l’évolution de l’expérience émotionnelle de la séance. Le concept de transformation permet de rendre l’analyste plus réceptif au discours inconscient et au spectre des manifestations oniriques en séance : rêverie, transformation en rêve, transformation en hallucinose, flash onirique, rêverie « somatique », etc. C’est cela qu’il s’agit d’analyser dans ce numéro issu des communications du 78e Congrès des psychanalystes de langue française.

À paraître en janvier 2019

L’objectif de ce numéro 235 est d’évoquer -sans prétention exhaustive-, les apports conséquents de plusieurs grands psychanalystes britanniques, pour l’ensemble du corpus clinique et théorique de la psychanalyse. Malgré une diffusion parfois sélective et plus tardive en France qu’en d’autres pays européens et d’Amérique du Sud-, ces apports nourrissent désormais la pratique, et témoignent de la richesse de leurs avancées et perspectives permettant une approche de plus en plus subtile de l’évolution intra et intersubjective de nos psychismes.

Ces textes, jusqu’alors inédits, retranscrivent les derniers séminaires donnés par W. R. Bion dans la clinique Tavistock, à Londres, entre 1976 et 1979. En laissant une large part au dialogue, le psychanalyste souligne l’importance de l’observation et de la présence “tierce” en cours de séance, explore le rêve et la conception psychanalytique du temps, aborde le rapport entre l’art et la psychanalyse. L’ouvrage inclut en outre un entretien de Bion avec Anthony G. Bannet, réalisé en 1976.

Le traumatisme s’inscrit, dans la théorie et la pratique psychanalytiques, dans une perspective bipolaire : source classique de désorganisation, il peut aussi avoir des effets positifs pour la psyché. C’est à l’élucidation de cette double perspective que se consacrent les différentes contributions. Le rappel des divergences entre Freud et Ferenczi ouvre sur l’opposition : impact du fantasme ou réalité du traumatisme sexuel ? En privilégiant le traumatisme précoce ne court-on pas le risque d’escamoter l’importance de la conflictualité intra-psychique ? N’est-ce pas la mauvaise qualité de l’environnement primaire qui confère leur caractère désorganisateur aux expériences de perte que l’enfant vit au cours de son premier développement ? Pourtant, ces traumatismes peuvent contribuer au déploiement de la dimension structurante des fantasmes originaires. Dans les traumatismes collectifs, la cruelle expérience des héritiers des génocides confirme aussi une grande inégalité de l’intégration de la souffrance. Comment les effets désintégrateurs peuvent-ils être  » rattrapés  » ? Dans cette clinique du traumatisme, entre désorganisation et réorganisation, l’aptitude du psychisme à faire émerger du nouveau sera dévoilée dans sa complexité créatrice.

La relation qui unissait Freud et Ferenczi est l’un des chapitres les plus passionnants de l’histoire de la psychanalyse. Taraudé par la question du désir à l’œuvre dans chaque analyse, il a fait émerger des concepts cliniques majeurs : le trauma, la confusion des langues, l’enfant dans l’adulte, la thérapie active… Jamais satisfait de la technique analytique, il a toujours cherché à mieux pénétrer les mécanismes du transfert, y compris dans le travail avec les psychotiques. Ses recherches ont laissé de nombreux points aveugles mais aussi des avancées décisives que Lacan a pu continuer à penser et remettre en jeu. C’est donc forts de l’apport lacanien, que les auteurs du présent ouvrage ont souhaité éclairer l’œuvre fondamentale et actuelle de Ferenczi.

En septembre 1918, à Budapest, le Ve Congrès international de psychanalyse est notamment consacré aux névroses de guerre. Parmi les intervenants, Sandor Ferenczi et Karl Abraham, qui, ayant servi depuis le début de la guerre en tant que médecins, ont pu faire d’étonnantes observations. Et ce qu’ils disent des traumatismes psychiques est suffisamment important pour que Freud, qui signe l’introduction aux Actes de ce colloque, ait éprouvé le besoin d’en reparler longuement deux ans plus tard, en 1920, dans Au-delà du principe de plaisir… Gageons que ce livre intéressera les historiens travaillant sur la guerre et les sorties de guerre, mais aussi les psychiatres, psychanalystes, psychologues, travailleurs sociaux et humanitaires qui accueillent, écoutent, aident et soignent aujourd’hui les militaires et les civils confrontés aux nouvelles formes de violences de guerre.

Dans l’inconscient, chacun de nous est persuadé de son immortalité : nous ne pouvons pas nous représenter notre propre mort. Nous sommes déjà beaucoup plus ambivalents en ce qui concerne l’être aimé. Quand à l’étranger ou l’ennemi, nous sommes volontiers le jouet de désirs meurtriers… Pourquoi ?

« Un psychanalyste apathique, c’est un psy qui somnole ?
– Non, c’est quelqu’un qui ne se laisse pas prendre par le pathos.
– Il est indifférent – bravo !
– Il est engagé, au contraire, mais lui ne se laisse pas faire par les bons sentiments.
– Qui se laisse faire ?
– Les psychanalystes empathiques. Ce que ne sont pas les apathiques.
– Je vois. C’est mal, d’être empathique.
– Quand cela permet d’en finir avec toute visée scientifique. L’inconvenance et le mordant de la découverte freudienne sont menacés par une conception anglo-saxonne molle du postmoderne.
– C’est grave d’être un patient postmoderne ?
– Cela veut dire que l’on a un psychanalyste postmoderne. Il s’occupera de votre identité ; il s’occupera des traumas de votre « environnement précoce » (langue de bois pour parler de l’enfance) ; il s’occupera de votre unité. Mais que fera-t-il du scandale psychique qui vous fait vivre, et va du sexuel à la création ? »

Laurence Kahn, Le Psychanalyste apathique et le patient postmoderne

À une époque où la sécurité nous est donnée comme valeur principale, où l’exacerbation des peurs de toutes sortes et la servitude volontaire sont encouragées, ce livre fait l’éloge de la prise de risque. Cet ouvrage pose comme question centrale : qu’est-ce que risquer sa vie, à savoir prendre le risque de vivre ? Dans de courts chapitres, sont explorés les divers lieux où le risque se rencontre : la vie amoureuse, la séparation, la dépendance, mais aussi la vie sociale, le langage ou les biotechnologies.

« … Il ne faut pas oublier que la relation analytique est fondée sur l’amour de la vérité, c’est-à-dire sur la reconnaissance de la réalité, et qu’elle exclut tout semblant
et tout leurre… »

Les deux articles rassemblés dans ce volume sont consacrés à la pratique de la psychanalyse. Dans le premier, « L’analyse finie et l’analyse infinie », Freud donne une vue d’ensemble sur les possibilités et les limites de la technique analytique. C’est, de ce fait, un article de référence auquel reviennent inlassablement les théoriciens et les praticiens depuis sa première publication en 1937. Le second texte, écrit la même année, traite d’une des dimensions les plus subtiles du travail du psychanalyste pendant la cure, les « Constructions dans l’analyse », et de la place essentielle qui leur revient à côté de l’interprétation.
Ces deux textes tardifs montrent que Freud est resté constamment préoccupé par les questions techniques de la psychanalyse, jusqu’au soir de sa vie, avant de devoir abandonner son cabinet et ses patients pour prendre la voie de l’exil.

Freud & l’art : une relation surréaliste

par Natacha Nataf

Il a révolutionné nos représentations des pulsions sexuelles et des désirs inconscients, rencontré Breton puis Dalí le « fanatique », analysé des œuvres de Léonard de Vinci et Michel-Ange, collectionné des milliers d’antiques… Alors pourquoi le père de la psychanalyse fait-il aujourd’hui seulement l’objet d’une exposition d’envergure à Paris ? Beaux Arts vous dit tout sur ce maître des paradoxes.

https://www.beauxarts.com/grand-format/freud-lart-une-relation-surrealiste/

L’accès à la psychologie des profondeurs passe par la découverte d’un langage différent des discours psychologiques classiques et traditionnels.

Cet ABC ouvre la voie qui mène à la connaissance et à l’approfondissement des oeuvres de Jung si complexes pour le néophyte.

L’introduction à ce vocabulaire s’appuie sur de nombreux textes de Jung lui-même, permettant ainsi de se familiariser avec l’esprit de son auteur. Grâce à cette vue d’ensemble, le regard peut s’accrocher et s’approcher du fondement de cette oeuvre colossale pour lui donner un sens pratique.

Méthodiquement et progressivement, cet ouvrage
expose les terminologies spécifiques au créateur de cette  » quête des sens  » dont l’aboutissement est le Soi. L’aspect initiatique du processus d’individuation se révèle au fur et à mesure des rencontres avec la persona, l’ombre, l’anima et l’animus ainsi que la révélation des structures psychiques, collectives et individuelles.

En élargissant le concept de l’inconscient, Jung élabore la notion des archétypes dont l’apport considérable ne cesse encore aujourd’hui d’enrichir la psychologie analytique.

Ce livre s’adresse à celles et ceux qui désirent connaître les outils leur permettant de se confronter avec eux-mêmes grâce au passage enrichissant de l’expérience intérieure.

Jung raconte : « Lors de notre premier entretien, Freud me demanda tout à trac : – et que pensez-vous du transfert ?… Je lui répondis qu’à mon avis c’était l’alpha et l’oméga de la méthode. – Alors, me dit-il, vous avez compris l’essentiel. »

Le dialogue entre praticien et patient (ou patiente) est une réalité brûlante. Sur ce point comme sur tant d’autres, Jung avait conscience d’avoir mené à son terme la recherche de son prédécesseur. Cela ne put se faire que par la reconnaissance de la dimension transpersonnelle de l’échange thérapeutique. Pour la mettre en évidence Jung recourt au symbolisme alchimique.

A travers la rencontre de deux individus, il montre la mise en présence, à des niveaux divers, de deux archétypes, « le roi et la reine », l’homme et la femme en tant que principes.

S’appuyant sur les figures d’un traité publié en 1550, Le Rosaire des philosophes (Rosarium philosophorum), il décrit les phases dramatiques conduisant aux « noces royales ». La mort et la résurrection des deux partenaires donnent naissance au « fils des sages » ou androgyne, où s’unifient le masculin et le féminin.

Les chatoiements des symboles hermétiques laissent transparaître à chaque ligne l’expérience d’un praticien hardi et doté d’un sens aigu de sa responsabilité éthique, au service de l’âme, « sa seule maîtresse ». Le transfert, périlleuse et irremplaçable voie d’amour, est le cœur de la psychologie des profondeurs.

La pudeur habituelle de Jung ne l’a pas empêché de lever ici un coin du voile. Cet ouvrage servira de guide à quiconque est appelé à plonger, par le dialogue, dans « le feu secret des sages », nom de l’amour transformant, créateur de l’hermaphrodite, l’un des mille noms de la totalité psychique, du Soi jungien.

C’est dans la cadre de son engagement auprès de la SDN pour la paix et le désarmement qu’Einstein propose à Freud, en 1931, de collaborer avec lui à une brochure sur les racines psychologiques de la guerre et les moyens de l’empêcher à l’avenir. l’échange épistolaire entre les deux hommes, qui s’étaient déjà rencontrés et qui s’admiraient à bonne distance, met en lumière leurs divergences aussi bien que leur commune lucidité vis-à-vis des urgences et des périls du siècle : à l’idéal visionnaire d’Einstein, celui d’un arbitrage supranational dont les ressorts restent à penser, Freud répond en insistant sur la puissance de la pulsion de mort et suggère que le chemin de la paix universelle sera encore long et imprévisible. Les nazis, arrivés au pouvoir quelques semaines avant la publication de Pourquoi la guerre ?, en interdiront aussitôt la diffusion.