Colloque René Diatkine 2016

Argument

Transitionnalité et sublimation dans la cure

Paul DENIS

Plus que « les mots et les choses » il faut considérer les représentations et les choses. L’investissement des représentations, nées des expériences de satisfaction vécues avec des objets pulsionnels et des objets d’amour, est le fond même du plaisir au fonctionnement du psychisme. Au cours du processus analytique les associations libres déroulent ce jeu des représentations liées les unes aux autres et conduisent finalement à celles dont la charge affective, le potentiel d’excitation, étaient évités jusque-là, ou à ces représentations manquées que sont ces images porteuse d’une charge traumatique  qui vient rompre la continuité du fonctionnement psychique. Les « résistances » à l’analyse sont invariablement organisées par rapport au risque de surgissement d’affects trop violents, d’une excitation trop forte ou d’une rupture de la continuité du tissu psychique. Il s’agit finalement, au cours de l’analyse, d’ouvrir une voie élaborative, une voie psychique à ces foyers d’excitation enfouis, souvent plus réprimés que refoulés, et fauteurs d’agir.

Freud décrit parfaitement le dilemme du psychanalyste face aux résistances et à cette propension du patient à agir pour décharger ou mater son excitation ; dilemme car  l’analyste, malgré lui, se comporte en pompier pyromane. Freud prescrit de lutter contre le feu :

« Afin de maintenir sur le terrain psychique les pulsions que le patient voudrait transformer en actes, il entreprend contre ce dernier une lutte perpétuelle et quand il arrive, grâce au travail de la remémoration, à liquider ces pulsions, il considère ce résultat comme un triomphe du traitement » (Freud, 1914g, p. 112). Mais quels sont les moyens de la lutte ? Et la remémoration, sans doute, est un succès mais comme Freud l’indique ailleurs « c’est le travail qui permet à l’inconscient de devenir conscient qui est l’essentiel » : c’est un travail d’élaboration qui permet finalement que la remémoration apparaisse. Freud à l’époque est assez optimiste pour écrire que « Lorsque le transfert aboutit à un attachement utilisable de quelque façon, le traitement est en mesure d’empêcher tous les actes itératifs les plus importants du malade et d’utiliser in statu nascendi les intentions de celui-ci en tant que matériaux pour le travail thérapeutique » (Ibid). Trop optimiste quant à la possibilité d’empêcher grâce au transfert « tous les actes itératifs (…) du malade » mais raisonnablement optimiste lorsqu’il indique qu’il est possible d’utiliser « les intentions » du patient comme des « matériaux pour le travail analytique ». Il s’agit de convertir « l’intention » en élément pour une élaboration psychique de ce qui sous tendait « l’intention ». D’opérer à la fois une inhibition de but et un déplacement du registre de l’acte vers l’espace psychique. Ne sommes nous pas proches de l’idée de sublimation ? Et quelle serait la place de ce type de mouvement dans le « processus analytique » ?

Et Freud souligne l’importance du champ transférentiel : « Nous rendons cette compulsion [à l’agir] anodine, voire même utile, en limitant ses droits, en ne la laissant subsister que dans un domaine circonscrit. Nous lui permettons l’accès au transfert, cette sorte d’arène où il lui sera permis de se manifester dans une liberté quasi totale … » (Freud, 1914g, p. 113). Il n’y a pas de délit d’intention, il faut laisser l’intention s’exprimer : « Le transfert crée de la sorte un domaine intermédiaire entre la maladie et la vie réelle, domaine à travers lequel s’effectue le passage de l’une à l’autre » (Ibid, p. 113-114). Domaine intermédiaire, forme psychanalytique de l’aire transitionnelle de Winnicott ? Il est du reste possible que cette formulation de celui-ci ait inspiré celui-là. De là à considérer l’analyste, objet du transfert, comme forme d’objet transitionnel il n’y a qu’un pas…

L’idée de Freud d’utiliser des « constructions en analyse » — mais aussi des « représentations d’attente » — serait une façon d’offrir au patient un élément transitionnel, transitionnel dans la mesure où il appartient à ce domaine intermédiaire qui s’établit entre le psychisme du patient et celui de l’analyste.

La notion de jeu dans la technique analytique, introduite par Winnicott qui considère que l’analyse « se situe en ce lieu où deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute » (Winnicott, 1975, p. 55) a été reprise par différents auteurs[1],  et explicitement utilisée dans le psychodrame ; l’idée de jeu renvoie aux moyens qui permettent à l’analyste de donner à cette « lutte perpétuelle » par rapport à la propension du patient à recourir à l’agir, les moyens d’une élaboration.

La fréquence avec laquelle on observe l’apparition d’activités sublimatoires au cours d’une analyse est telle que celles-ci pourraient être considérées comme une latéralisation — souvent féconde — de ces mouvements de jeu apparus dans la cure. Certaines d’entre elles ont une valeur de remémoration, de retrouvailles avec des objets d’autrefois…

La sublimation est-elle aussi une forme du souvenir, et la remémoration une forme de sublimation ?

Le processus analytique peut-il être envisagé sous l’angle de l’établissement d’une forme de transitionnalité et du développement de mouvements sublimatoires ?

Paul Denis

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Freud S. (1914g), Répéter, remémorer, élaborer, La Technique psychanalytique, trad.A. Berman, Paris, Puf, 1953.

Winnicott D.W., Jeu et Réalité, Paris, Gallimard, 1975.

Comment adapter les thérapies à des demandes de plus en plus variées liées aux mutations de nos sociétés contemporaines ? Comment offrir à chaque patient un cadre “sur mesure”, plutôt qu’un “prêt-à-porter” ?

François Duparc s’appuie sur sa longue pratique clinique et sur ses travaux théoriques pour nous livrer une réflexion sur la nécessaire transformation à laquelle doit se confronter la clinique psychanalytique. Son ouvrage est un plaidoyer pour un accueil de la diversité en clinique.
Face à une méthode standard, il propose une adaptation du cadre de la cure et la mise en place de stratégies de cure qui prendraient davantage en compte la diversité des profils des patients. Il invite à ouvrir la psychanalyse à des indications de doubles prises en charge, de psychothérapies analytiques en face-à-face, de psychodrame, de médiations thérapeutiques (dessins, écrits, ou musique) ou encore de relaxation psychanalytique.
Hystéries, phobies, dépression, anorexie, états limites, psychose, paranoïa… Pour chacune de ces demandes, l’auteur s’attache à comprendre la multiplicité des traumatismes propres aux différents âges de la vie, leurs conséquences en terme de souffrances ou de pathologies, et les stratégies que celles-ci vont rendre nécessaires. Car c’est une véritable stratégie – un terme de combattant – que met en place l’analyste en s’engageant contre la souffrance ou la défaillance psychique des patients qui le consultent.
Un socle de réflexion propre à faire évoluer la pratique psychanalytique en profondeur et un ouvrage qui fera date.

En 1958, John Huston demanda à Jean-Paul Sartre d’écrire le scénario d’un film sur Freud. Il ne pensait pas, à proprement parler, à un film biographique : Huston voulait montrer le processus ayant conduit à l’invention de la psychanalyse, c’est-à-dire la succession des découvertes des années 1890. Le réalisateur ne demandait pas non plus une fidélité absolue aux faits : les événements devaient plutôt s’insérer dans une trame fictionnelle capable de capter l’intérêt du spectateur et de le conduire à s’interroger sur cette entité bizarre qui caractérise l’être humain – l’inconscient.

Or comment se fait-il qu’un célèbre réalisateur hollywoodien, artiste aguerri, ayant à son actif des œuvres comme Le Faucon maltais, Le Trésor de la Sierra Madre et L’Odyssée de l’African Queen, en soit venu à formuler une telle demande à un philosophe français, adversaire notoire de la psychanalyse, qui plus est ?

En revenant sur cet épisode extravagant de l’histoire du cinéma, cet essai retrace les rapports de Jean-Paul Sartre avec la découverte freudienne, et examine en même temps les conditions, en France, du célèbre « retour à Freud », promu
par Jacques Lacan dans les années 1950.

Psychiatre de formation devenu le quatrième adhérent de la Société psychologique du mercredi, Paul Federn (Vienne, 1871-New York, 1950) fut une pièce maîtresse de l’histoire de la psychanalyse. Sa collaboration avec Freud, d’une longévité inégalée par aucun autre de ses disciples, dura trente-cinq ans. Son originalité a été d’ouvrir la voie de la prise en charge psycho­thérapique des psychoses en publiant le premier ouvrage psychanalytique de référence sur ce sujet. Pourtant, après sa mort, Federn tomba dans l’oubli, voire, fut considéré comme un « déviationniste » par certains membres influents de l’Association psychanalytique internationale.

En réunissant dans cet ouvrage trois textes de Federn inédits en français, Florian Houssier rappelle l’originalité et la fécondité des travaux de ce pionnier. Il souligne l’intérêt d’une investigation toujours actuelle pour penser et écouter nos patients d’aujourd’hui, à travers l’exploration des frontières du Moi dans la psychose, les rêves ou les actes manqués.

Le travail sur la mythologie, qui clôt ce bref recueil, s’inscrit dans la continuité du débat avec Freud à propos de la horde primitive et de l’organisation de
la société.

Cette 3ème édition corrigée et actualisée est composée de 16 articles courts et synthétiques définissant les grands concepts de la psychologie clinique psychanalytique.

L’inconscient. Les pulsions. Le rêve. La projection. L’identification. Les fantasmes. Les mécanismes de défense. L’infantile. Le narcissisme. Le complexe d’Oedipe. La névrose. Les psychoses. Les états limites. La dépression. Le transfert. Le traumatisme.

«  Citons une dernière fois la formule de Montaigne, qui pourrait servir de titre à notre livre  : « C’est chose tendre que la vie, et aisée à troubler… » La philosophie, pour la plupart d’entre nous et quoi qu’ait pu prétendre Épicure, n’abolit pas ce trouble, toujours possible, mais rend cette tendresse-là un peu plus précieuse, un peu plus consciente, un peu plus réfléchie, un peu plus forte, un peu plus libre, un peu plus sage… Puis il y a le plaisir de penser (…). Penser sa vie, et vivre sa pensée, du moins essayer… C’est la philosophie même.  »

Stimulé par les questions de François L’Yvonnet, André Comte-Sponville revient sur son parcours personnel et professionnel, tout en abordant les grandes thématiques qui nous préoccupent tous – le bonheur, la politique, l’art, la morale…

Un ample tour d’horizon biographique et intellectuel. Où l’on saisit toute la complexité d’un penseur médiatique pour qui la lucidité est la première des vertus.  Claire Chartier, L’Express.

Five acts, five chapters, five editions in five years—and more than 1,000 photographs by over 150 photographers. THE OPÉRA, Magazine for Classic & Contemporary Nude Photography, has been celebrating the essence and expression of human beings in all their facets and nuances for half a decade. Irrespective of the conventions of the fashion industry and ideals of beauty, international photo artists stage the human body as a natural work of art, as drama and stage at the same time. They always examine the feelings and stories of their models with dignity and respect for the personality of the individual. On the occasion of the five-year existence of the magazine, the editor Matthias Straub is publishing a one-of-a-kind special edition with all five editions in a limited slipcase.

Cette nouvelle édition commentée des Fragments d’Héraclite est le fruit d’un travail totalement inédit. Alors que les éditions de référence (Hermann Diels en 1922 et Walter Kranz en 1934), comme celle de Jean Bollack et Heinz Wismann, se limitaient à les présenter selon un ordre alphabétique arbitraire, Marcel Conche procède ici à un mouvement d’ensemble du concret vers l’abstrait. Après des règles de méthodes viennent ainsi des lois universelles, puis les réalités elles-mêmes : le monde, les âmes, la cité… Le schéma eût sans doute fait sourire Héraclite (ce qui n’eût pas été marque de désaveu), mais il rappelle qu’un fragment ne doit pas être interprété seul, et que les Fragments sont avant tout le reflet d’un système achevé en constante redéfinition.

Revue française de psychanalyse

Rédacteurs :
| Béatrice Ithier | Hélène Suarez-Labat |


Tome 82, n°1
Limite de remise des textes : 2017-10-01
Date de parution : 2018-03-01

Argument

En séance

« Celui qui tente d’apprendre dans les livres le noble jeu des échecs ne tarde pas à découvrir que seules les manœuvres du début et de la fin permettent de ce jeu une description schématique complète, tandis que son immense complexité, dès après le début de la partie, s’oppose à toute description. »

S. Freud, 1913c.

Freud, à travers cette métaphore du jeu d’échec, exprimait la difficulté de parler de la séance d’analyse et de rendre compte de sa complexité. Un siècle plus tard, la séance conserve toute sa complexité, mais s’est aussi diversifiée.

« Laissez-moi dire ce que j’ai à dire ! » « Restez tranquille, ne dites rien ! Ne me touchez pas ! » C’est avec l’acceptation des injonctions de Emmy Von N. que la séance psychanalytique est née. Et que fut ébauchée aussi, d’une certaine manière, la règle de l’association libre. Devait suivre en réponse, celle de l’écoute analytique, « l’attention en égal suspens » de l’analyste. Partie constitutive du processus analytique qui est censé s’y développer, la « situation analysante » (Donnet, 2005), mise en jeu dans la relation patient/analyste, inclut le processus avec ses contenus, objets de l’interprétation, auquel il convient d’adjoindre un non-processus : le cadre à l’intérieur duquel les variables du processus ont lieu.

La durée de la séance a été l’objet de débats importants dans la communauté psychanalytique à la suite de l’introduction par Jacques Lacan de la pratique de la scansion. À l’encontre de la position lacanienne, Jean-Luc Donnet montre combien la séance longue (45 mn) et régulière permet une véritable « transitionnalisation » de la temporalité (Donnet, 1995, p. 194), n’excluant pas les discontinuités internes à la séance et l’importance du choix du moment opportun pour l’interprétation.

La multiplicité des pratiques psychanalytiques introduit dans la séance des changements tout en en gardant des invariants : la séance analytique est désormais proposée selon différents cadres (privés, publiques, voire à distance), aux différents âges de la vie, du nourrisson au grand âge, individuellement ou en groupe. Bien que la référence aux topiques demeure un axe incontournable pour comprendre l’enchevêtrement et l’instabilité que connaissent aujourd’hui les repères identificatoires (différences des sexes et des générations), la diversité des pratiques (psychanalyse sur le divan, thérapie en face à face, psychodrame, thérapie de groupe, consultation, consultation mère/bébé, etc.) introduit des variations dans la nature de la séance, sa fonction, sa fréquence et sa durée. Lieu privilégié de l’écoute de l’écoute et de la transmission, la séance de supervision (individuelle ou collective) a, elle aussi, ses spécificités (Faimberg, 2016).

Par son architecture, le cadre assure l’existence de la séance, « somme de tous les détails de l’aménagement du dispositif » pour Winnicott (1960), le cadre constitue, selon José Bleger, le récepteur de la symbiose, invisible dans le processus, mais reposant en lui. Partie la plus régressive et psychotique du patient, elle exprime sa fusion primitive avec le corps de la mère. Le cadre analytique réincarne cette symbiose afin de la transformer (Bleger, 1980). Dans la séance, véritable « laboratoire central » (J.-B. Pontalis, 2001, p.155), l’analyste est conduit à « penser contre soi, en ne cessant de se confronter à la pensée des autres ».

Ainsi, l’identification projective d’abord conçue par Mélanie Klein (1946) comme une modalité de relation agressive à l’objet, puis comme communication primitive et normale par Herbert Rosenfeld (1988), et plus encore avec Wilfred Bion (1962), suppose que l’analyste reçoive et élabore les états mentaux, verbalisés ou non, en lien avec l’interaction des deux psychismes. James Grotstein devait parler de transidentification projective (2005) pour caractériser les identifications projectives particulièrement puissantes.

En séance, ces identifications devront être reçues dans la psyché de l’analyste qui pourrait s’éprouver dans un premier temps dépossédé de son identité, mais qui devra la retrouver pour interpréter. Ceci a pour conséquence l’influence prise par la « rêverie maternelle » et la relation contenant-contenu (Bion, 1962). La séance peut alors se dérouler à la manière d’un « rêve » au cours de laquelle les associations libres de certains patients parviennent à un flux associatif fluide. Cette pratique a été largement développée par les post-bioniens, Antonino Ferro (2000, 2008), Giuseppe Civitarese (2008) notamment. Christopher Bollas, (2011) a proposé l’identification perceptive en mettant l’accent sur la complexité de l’organisation inconsciente, incluant également l’analyste dans la narration, de même que les modalités d’expression vocales, son et voix véhiculant affects et émotions. Où commence et où s’arrête la séance ? Quelle est l’influence du patient d’avant ou du patient d’après ? Comment aborder ce qui pourrait être considéré comme des « accidents » de séance, tant pour l’analyste que pour le patient, qu’il s’agisse de la vie quotidienne comme de la réalité socio-politique ? Les témoignages des analystes sud-américains, allemands et bien d’autres, montrent que la séance parfois pratiquée dans la clandestinité est adossée à un cadre qui peut résister aux violences du monde. Mais ces mêmes témoignages montrent aussi les limites d’une telle pratique, un régime dictatorial rend pratiquement impossible l’exercice de la psychanalyse en raison même de la nature de l’inconscient et des processus transférentiels (Urtubey de, 1999).

À partir des années 1970, Michel de M’Uzan, réfléchissant à ce qui se passe « pendant la séance » (1989), retrace les différentes phases de l’activité psychique de l’analyste, jusqu’à l’accueil du patient au-dedans de soi appelant l’auto-observation d’une partie de son moi transformé par cette admission (1994). De M’Uzan – qui va jusqu’à assimiler la séance analytique à une zone érogène – s’attache particulièrement à l’activité paradoxale, aux moments de dépersonnalisation, tant chez le patient que chez l’analyste, pouvant transformer la séance en « une créature fabuleuse qui englobe tous les participants » (2003, p. 434), la « chimère ». Les patients, souligne de M’Uzan, parlent de « leur » séance comme d’un être vivant ; cette conception de la séance comme un « scandale économique » devant libérer l’énergie nécessaire à un nouvel investissement.

De leur côté, César et Sára Botella s’attachent à ce qu’ils appellent « le problème de la régression formelle de la pensée et de l’hallucinatoire », donnant lieu à une communauté de régression ou « travail en double », analogue au travail du rêve, pouvant parvenir jusqu’à la trace originaire du manque, négatif du trauma. Faut-il considérer que l’hallucinatoire permet alors l’élaboration, dans la cure, de ce qui était resté jusque-là non représentable (2004) ?

La cure-type connaît différents modèles, convoquant chacun un nombre de séances hebdomadaires différent, des six séances pratiquées par Freud aux quatre ou cinq séances du modèle Eitingon ou aux trois séances du modèle français. Chacun tente le meilleur compromis possible entre ce qui est conçu comme un temps permettant une transformation psychique en profondeur et les exigences changeantes de la réalité sociale (temps, argent). À côté de la séance d’analyse, on pourra se demander quelles sont les spécificités de la séance du psychodrame, des thérapies de groupe, de la psychothérapie psychanalytique corporelle. Le corps, les sensations n’y jouent pas le même rôle, la nature de la parole, le rapport à l’action et à la motricité sont différents, comme ils le sont dans la séance analytique avec l’enfant ou avec un patient psychotique. Les séances d’analyse avec les enfants regorgent de cette mobilité agie, de même celles avec les adolescents, aux prises avec leur solitude qui questionnent l’analyste et ses idéaux avec les images énigmatiques glanées au hasard des rencontres des objets numériques. Face à l’éventail des défaillances de la symbolisation (Gibeault, 2010 ; Brun, Roussillon, 2014) ne convient-il pas de considérer la séance, et sa tâche de psychisation, voire sa construction, comme fondamentale ? Mais aussi, comment considérer l’impact transformationnel d’une séance hebdomadaire, le plus fréquemment utilisé en psychothérapie ?

Comment, enfin, rendre compte d’une séance ? « Quel gâchis que nos reproductions, écrivait Freud à Jung, comme nous mettons lamentablement en pièces ces grandes œuvres d’art de la nature psychique ! » (30 juin 1909) Comment un procédé narratif, par essence externe et en après coup, peut-il rendre compte de la situation intime vécue entre patient et analyste dans un bureau d’analyste ? À propos de ce qui se passe dans la séance analytique, Bion disait : « nous ne pouvons parler que de ce que l’analyste ou le patient a le sentiment de vivre, de son expérience émotionnelle que je désigne par T. » (Bion, 1970). Qu’en est-il alors de cette translation pulsionnalité/émotionnalité ? Si elle peut caractériser un aspect important de la psychanalyse contemporaine, la réalité de la séance elle-même ne se donne que dans l’après-coup.

L’actualité de la psychanalyse dans le monde : une sélection en français d’une dizaine d’articles du très prestigieux  International Journal of Psychoanalysis.
En 1920, Freud et Ernest Jones fondent The International Journal of Psychoanalysis (IJP), une prestigieuse revue mensuelle de psychanalyse. Cet ouvrage reprend les articles de l’IJP les plus intéressants pour le lectorat français parus au cours de l’année. La sélection est effectuée par un comité de rédaction composé de neuf psychanalystes de l’Association Internationale de Psychanalyse.
Son ambition : permettre aux psychanalystes du monde entier de confronter leurs pratiques et leurs modèles et ouvrir de nouvelles voies de réflexion. Le débat clinique et théorique entre psychanalystes est, en effet, l’instrument majeur de recherche dans cette discipline.
Sortir de son environnement linguistique et culturel pour mettre au travail ces différences, tel est l’objectif de cette prestigieuse collection. Elle est tout à la fois, une fenêtre ouverte sur le monde de la psychanalyse et sur la psychanalyse dans le monde.

Depuis que Freud s’est autoproclamé « archéologue de l’âme » dans les Études sur l’hystérie en 1895, les débats sur l’originaire et l’archaïque sont, en plein ou en creux, constitutifs de la psychanalyse elle-même comme science de l’origine.

Aujourd’hui, les discussions à ce sujet ne laissent jamais indifférente la communauté des analystes. De fait, l’ambition résolument matricielle de ces deux termes est une valeur sûre pour convoquer la complexité mouvante et évolutive de la rencontre transféro/contre-transférentielle.
Cette attractivité s’enracine dans le fort magnétisme de l’énigme des commencements dont l’originaire et l’archaïque sont animés. Ce pouvoir s’étend des délices brûlantes de la séduction aux affres de la répulsion. La fascination, en tout cas, y est dominante, avec ses vertus mobilisatrices et ses vertiges régressifs.
Cette publication des « Monographies et débats de psychanalyse » se propose d’explorer bien distinctement l’originaire et l’archaïque à l’abri des réductions caricaturales et en cernant l’essentiel : les promesses de l’exploration attentive de leurs récurrences polymorphes et insistantes dans la clinique quotidienne.

Le dispositif psychanalytique de groupe a introduit de nouvelles compétences pour le traitement des « cas difficiles » : enfants très gravement perturbés, certaines pathologies antisociales de l’adolescence, souffrances de l’addiction et séquelles traumatiques, patients adultes psychotiques. Il a aussi contribué à rendre possibles l’expérience et la connaissance de la formation de processus psychiques inconscients, inaccessibles autrement.

Cet ouvrage se propose d’analyser les principales propositions qui soutiennent la théorisation psychanalytique des petits groupes humains, en examinant les répercussions de ces propositions sur une théorie générale des processus psychiques inconscients, objet de la connaissance et de la pratique psychanalytiques.

Que sommes-nous ? À cette question philosophique, il existe une réponse classique : nous ne sommes pas des choses, mais des personnes. Toutefois, estime Eric T. Olson, cela laisse largement irrésolue la question de notre nature métaphysique la plus fondamentale. Pour saisir notre identité métaphysique, l’auteur explore les principales pistes de l’ontologie des personnes : sommes-nous des êtres matériels ou bien des êtres immatériels ? Dans la première hypothèse, sommes-nous des corps entiers ou bien seulement des cerveaux ? Dans la seconde hypothèse, sommes-nous des âmes ou plutôt des faisceaux de pensées ? Par ailleurs, persistons-nous à travers le temps ou bien notre existence n’est-elle  que momentanée ? Et, au bout du compte, avons-nous réellement une nature métaphysique déterminée ? Examinant les thèses contemporaines aussi bien que les conceptions classiques d’Aristote, de Descartes, de Locke, de Leibniz, de Berkeley, de Hume ou encore de Kant, Que sommes-nous ?, par l’ampleur du champ qu’il couvre, par la clarté de son propos et par la profondeur véritable de ses analyses constitue un outil de compréhension décisif de notre identité métaphysique.

​Eric T. Olson est professeur de philosophie à l’université de Sheffield en Angleterre.

Avons-nous une volonté libre ? Est-il vrai que « le temps passe » ? Y a-t-il des choses dans le monde qui ne sont pas matérielles ? L’identité personnelle n’est-elle qu’une fiction administrative ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? L’existence des êtres humains est-elle le fruit du hasard ? La vérité est-elle objective ? Autant de questions qui sont reprises avec une grande originalité par Peter van Inwagen dans cet ouvrage d’introduction à la métaphysique. L’auteur tente d’y apporter des réponses argumentées, en prenant la défense d’un corpus de croyances fondamentales que nous adoptons tous spontanément à propos du réel : la « métaphysique occidentale ordinaire ». S’il nous semble par exemple évident qu’il existe un monde d’objets matériels hors de notre esprit, ou que nous restons bien la même personne tout au long de notre vie, encore nous faut-il examiner les raisons philosophiques qui permettent de fonder de telles croyances. D’où l’intérêt de cet essai, qui propose des justifications rationnelles à notre vision ordinaire du monde dans un style sobre, rigoureux, et néanmoins accessible à tous.

Peter van Inwagen est un philosophe américain. Il enseigne actuellement la métaphysique et la philosophie de la religion à l’université de Notre-Dame, dans l’Indiana. Considéré comme l’un des métaphysiciens contemporains les plus éminents, il a notamment publié An Essay on Free Will (1983), The Problem of Evil (2006), ainsi que Des Êtres matériels, à paraître aux Éditions d’Ithaque.

Culpabilité excessive, voire monstrueuse, petites manies angoissées, perfectionnisme, sentiment d’être forcé à toucher, à laver, à vérifier, idées horribles qu’on redoute de mettre en œuvre malgré soi, ces symptômes, que la psychiatrie qualifie aujourd’hui d’obsessions-compulsions, n’ont pas toujours existé. Pierre-Henri Castel raconte ici comment toutes ces souffrances, souvent secrètes, se sont compliquées à mesure que la conscience morale devenait la valeur suprême de l’individu occidental.  Des « scrupules religieux » au début du XVIIe siècle à l’invention par Freud de la « névrose obsessionnelle », il retrace, telle une épopée morale, la douloureuse naissance de notre intériorité.

Pierre Henri-Castel est directeur de recherches au CNRS (Paris Sciences et Lettres, Institut Marcel Mauss, EHESS – Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités, LIER). Ses travaux portent sur l’histoire et l’épistémologie de la médecine mentale, la philosophie de l’esprit et l’anthropologie sociale. Membre de l’Association lacanienne internationale (ALI), il exerce la psychanalyse à Paris.

« Mon but est de défendre la liberté de l’esprit. »

La conscience humaine fait partie des derniers mystères non encore résolus. Le Moi n’est-il déterminé que par de la biochimie ? N’est-il que l’interface de notre cerveau, une sorte de scène de théâtre sur laquelle se joue une pièce que nous ne pouvons pas mettre en scène librement ? C’est ce que prétend le neurocentrisme. Cette doctrine issue des sciences de la nature part de l’hypothèse que le Moi est identique au cerveau.

Markus Gabriel émet des doutes légitimes. Contre cette thèse rendant impossible toute connaissance de soi, il défend le libre-arbitre et nous livre une introduction à une réflexion philosophique moderne sur notre conscience.

Avec verve et humour, il s’attaque à l’image scientifique du monde et nous invite à réfléchir à ce que nous sommes – grâce à Kant, Schopenhauer et Nagel, mais aussi en compagnie du Dr. Who, de The Walking Dead et de Fargo.

Traduit de l’allemand par Georges Sturm

De quoi peut bien nous guérir la philosophie ? Sa compétence dépasse celle des chamans, des psychothérapeutes et des chirurgiens : la philosophie guérit la vie. Car vivre ne va pas de soi, et il n’est pas même certain que nous soyons armés pour cela. La vie n’est pas un sport de glisse, où il suffirait de se laisser aller à être soi. Il faut du courage pour exister. Il faut du panache pour affronter la réalité, son indifférence, son injustice et sa bêtise.
Et consoler ne suffit pas. Il nous faut un remède, une médecine. Pas de celles qui préconisent des solutions faciles, mais de celles qui permettent d’affronter les tempêtes, de traverser les orages. C’est cette médecine que délivre la philosophie. Elle ne tue pas ; elle rend plus fort.
Maux du corps et maux de l’âme, vieillesse, burn-out, addictions en tout genre, manque de volonté et mauvaises fréquentations, amour et chagrins d’amour, problèmes d’argent, de voisinage, de famille ou de bureau, coups de foudre et coups de sang, jalousie ou solitude, de Montaigne à Nietzsche en passant par Hegel et Descartes, la philosophie a tout affronté, et cherché à tout soigner.

Laurence Devillairs est agrégée et docteur en philosophie. Elle a notamment publié chez le même éditeur, dans la collection « Que sais-je ? », René Descartes (2013) et Les 100 citations de la philosophie (2015).

Le Travail du psychanalyste

François Duparc

Le but de ce livre est de repenser le travail du psychanalyste dans une perspective de recherche quant aux moyens et aux visées de l’analyse contemporaine.
Au centre de ce travail, un principe de diversité pour accueillir, au-delà d’une nosologie statistique réductrice, l’éventail des pathologies actuelles à tous les âges critiques de la vie. Pour cela, la construction d’un cadre sur mesure est souvent nécessaire. Sans oublier les paramètres fondamentaux et traditionnels que sont la libre association par la parole, la neutralité et l’écoute bienveillante, ainsi que l’interprétation sous toutes ses formes, ce soutien spécifique du cadre peut aller des aménagements restaurant la contenance de l’agir jusqu’au psychodrame ou à la relaxation analytique.
Au-delà des rêves ou des fantasmes racontés, le matériel pris en compte par
l’analyste peut aussi inclure le préverbal et la résonance des émotions, voire les formes sensorimotrices des traumatismes, aux limites du somatique. Une analyse plus classique reste toutefois une perspective évolutive à plus ou moins long terme.
Dans un langage simple et clair, François Duparc présente ici les outils essentiels à la prise en charge psychanalytique des pathologies actuelles.

François Duparc est psychiatre, psychanalyste, membre formateur de la Société psychanalytique de Paris et du Groupe lyonnais de psychanalyse.
Il a publié de nombreux travaux, notamment sur la psychosomatique, les addictions, les conduites à risque, les idéologies et les nouvelles maternités.