Nous devons à André Lanly, éminent philologue et professeur émérite à l’université de Nancy, d’avoir servi l’un des monuments les plus difficiles à déchiffrer de la littérature française en osant lui donner sa forme moderne. C’en est fini des obstacles de l’orthographe, du doute sur le sens des mots, de l’égarement suscité par la ponctuation. Lire ce chef-d’œuvre devient ici un pur bonheur.

«Ce ne sont pas mes actes que je décris, c’est moi, c’est mon essence. J’estime qu’il faut être prudent pour juger de soi et tout aussi scrupuleux pour en porter un témoignage soit bas, soit haut, indifféremment. S’il me semblait que je suis bon et sage, ou près de cela, je l’entonnerais à tue-tête. Dire moins de soi que la vérité, c’est de la sottise, non de la modestie. Se payer moins qu’on ne vaut, c’est de la faiblesse et de la pusillanimité, selon Aristote. Aucune vertu ne se fait valoir par le faux, et la vérité n’est jamais matière d’erreur. Dire de soi plus que la vérité, ce n’est pas toujours de la présomption, c’est encore souvent de la sottise. Être satisfait de ce que l’on est et s’y complaire outre mesure, tomber de là dans un amour de soi immodéré est, à mon avis, la substance de ce vice [de la présomption]. Le suprême remède pour le guérir, c’est de faire tout le contraire de ce que prescrivent ceux qui, en défendant de parler de soi, défendent par conséquent d’appliquer sa pensée à soi. L’orgueil réside dans la pensée. La langue ne peut y avoir qu’une bien lègère part.»
Les Essais, Livre II, chapitre VI.

Une légende tenace tient l’hystérie freudienne pour disparue – trop viennoise, trop misogyne, trop confuse. Christopher Bollas, témoin aux premières loges de l’épidémie de personnalités multiples aux États-Unis dans les années 1980, et de la diffusion incontrôlée du diagnostic d’état-limite, montre ici qu’il n’en est rien. Et pour en retrouver le sens et la raison, il puise chez les grands auteurs de la psychanalyse :  Fairbairn, Winnicott, Masud Khan, Lacan…
Cette hystérie profondément repensée n’est plus, comme chez Freud, centrée sur le père. Elle procède, en amont, des rapports des mères avec leurs tout-petits. Elle n’est pas plus féminine que masculine. On ne saurait enfin la
soigner sans faire part aux patients de la théorie qu’on s’en fait.
À l’appui de ses thèses audacieuses, Christopher Bollas livre ici une foule d’exemples cliniques, où la plume du clinicien trempe dans l’encrier du scénariste et du dramaturge.

Christopher Bollas est psychanalyste, membre de la Société psychanalytique britannique et des Instituts psychanalytiques de Los Angeles et de New York.  Théoricien original et engagé de plain pied dans les développements de la psychanalyse contemporaine, il est aujourd’hui l’un des auteurs psycha­nalytiques les plus lus en langue anglaise. Son ouvrage, Le Moment freudien, un véritable manifeste contre le sectarisme mortifère qui règne au sein de certaines institutions psychanalytiques a été publié par Ithaque en 2012.

– L’étude la plus complète consacrée à l’art contemporain de ces trente dernières années, parue en 2008 et publiée aujourd’hui en format broché
– Une présentation thématique originale, qui permet d’appréhender de manière cohérente le vaste champ de l’art contemporain
– Plus de 400 artistes importants du monde entier, ceux qui sont apparus récemment sur la scène artistique comme ceux qui y sont installés de longue date
– Un texte de référence accessible, écrit dans un style enlevé, faisant de cet ouvrage une introduction idéale à l’art contemporain, destinée tant aux professionnels qu’aux étudiants et aux amateurs
– Écrit par une spécialiste et critique d’art de renommée internationale
– S’inscrit dans la lignée de l’art d’aujourd’hui, ouvrage au succès exceptionnel publié chez Phaidon

Aphorismes
Georges Moustaki, texte de Sri Aurobindo
Album « Les amis de Georges », 1974

Quand nous avons dépassé les savoirs
Alors nous avons la connaissance
La raison fût une aide
La raison est l’entrave

Quand nous avons dépassé les velléités
Alors nous avons le pouvoir
L’effort fût une aide
L’effort est l’entrave

Quand nous avons dépassé les jouissances
Alors nous avons la béatitude
Le désir fût une aide
Le désir est l’entrave

Quand nous avons dépassé l’individualisation
Alors nous sommes des personnes réelles
Le moi fût une aide
Le moi est l’entrave

Quand nous dépasserons l’humanité
Alors nous serons l’homme
L’animal fût une aide
L’animal est l’entrave

Quand nous dépasserons l’humanité
Alors nous serons l’homme
L’animal fût une aide
L’animal est l’entrave
L’animal fût une aide
L’animal est l’entrave
L’animal fût une aide
L’animal est l’entrave

Certains livres, rares, tirent leur caractère unique de ce que leur gestation a la dimension d’une vie humaine tout entière. C’est le cas du Prophète, dont Khalil Gibran eut l’intuition à seize ans, mais qu’il porta en lui durant un quart de siècle. Autrement dit, ce livre singulier à plus d’un titre a accompagné tout le parcours d’homme de son auteur et est le contemporain de toutes ses oeuvres.

C’est dans la composition du Jardin du Prophète que Gibran va épuiser ses dernières forces, et le livre ne paraîtra d’ailleurs que deux ans après sa mort. Au caractère lumineux des paraboles du Prophète a succédé une tonalité plus sombre, plus grave, ne serait-ce que par les thèmes abordés: la séparation, la laideur, la solitude, le temps… La dimension autobiographique est ici plus présente que dans la plupart de ses ouvrages, au point qu’on peut y voir comme une sorte de testament spirituel.

Dans l’ultime bonheur de peindre, dix peintures sont confrontées à des aquarelles et des encres de Chine sur papier, part majeure de sa création récente et encore inédite. Ces œuvres, pour la première fois exposées, montrent les nouvelles sources d’inspiration de Zao Wou-Ki ainsi que sa manière de travailler, hors de son atelier. Elles sont avant tout le témoin d’une envie de peindre et d’une technique toujours intactes, encore plus libres et audacieuses.

Quatres contributions présentent ses œuvres inédites : celle de Françoise Marquet, conservateur du Patrimoine, de Sylvain Amic, directeur du musée des Beaux-Arts de Rouen, de Yin Fu, directeur du Centre Culturel de Chine et enfin d’Isabelle Klinka, directrice du musée des Beaux-Arts d’Orléans.

Le mouvement lettré des « Sept Sages de la forêt de bambous » (Zhulin qixian) réunis autour du poète-musicien Xi Kang (223-262) représente par son anticonformisme affiché et sa grande liberté d’esprit le courant « sentimentaliste » (Feng Youlan) mais profond du néo-taoïsme. Xi Kang, issu d’une riche famille, fut élevé dans la plus pure tradition confucéenne, mais se sentant attiré par le taoïsme, il s’adonna à l’art de nourrir le principe vital (yangxing) puis voyagea de 240 à 245, voyages au cours desquels il rencontra des ermites, tels Wang Lie, qui lui enseignèrent des techniques respiratoires. Revenu chez lui, il réunit autour de lui à Shanyang dans le Henan le poète Ruan Ji (210-263) et son neveu Ruan Xian, le poète Liu Ling (221-300), grand amateur de vin et adepte d’un certain naturisme, ainsi que Xiang Xiu (mort en 300), Wang Rong (234-305) et Shan Tao (203-283). Adepte des conversations épurées, ces « lettrés bohèmes » (J. Gernet) cherchent dans l’ivresse l’harmonie avec le monde et l’union avec le Tao. Leur idéal consiste à suivre leurs impulsions et à toujours agir de façon spontanée.

Jean-Christophe Demariaux « Le Tao », éditions du Cerf/Fides, collection « Bref », 1990

Résurgences et dérivés de la mystique

Automne 1980

Nouvelle Revue de Psychanalyse (n° 22), Gallimard

Parution : 04-12-1980

Guy Rosolato, Présente mystique
Paul-Laurent Assoun, Freud et la mystique
Marie Moscovici, Le monde réel
Christian Gaillard, Jung et la mystique
Roger Dadoun, Un vol d’Upanishads au-dessus de Sigmund Freud
Didier Anzieu, Du code et du corps mystiques et de leurs paradoxes
Sami-Ali, Langue arabe et langage mystique
Jacques Hassoun, L’impatience mystique
Jean Guyotat, Délire mystique et mystique du soin
Michel Ledoux, La relation d’absence
Jean-Claude Lavie, Servir

Témoignages :
Marie-Madeleine Davy, La nouvelle mystique
Claude Louis-Combet, Ad (te) clamamus… ad (te) suspiramus
François Roustang, Adieu la vérité
Guy Rosolato, Brève anthologie de textes mystiques

Culpabilité excessive, voire monstrueuse, petites manies angoissées, perfectionnisme, sentiment d’être forcé à toucher, à laver, à vérifier, idées horribles qu’on redoute de mettre en œuvre malgré soi, ces symptômes, que la psychiatrie qualifie aujourd’hui d’obsessions-compulsions, n’ont pas toujours existé. Pierre-Henri Castel raconte ici comment toutes ces souffrances, souvent secrètes, se sont compliquées à mesure que la conscience morale devenait la valeur suprême de l’individu occidental.  Des « scrupules religieux » au début du XVIIe siècle à l’invention par Freud de la « névrose obsessionnelle », il retrace, telle une épopée morale, la douloureuse naissance de notre intériorité.

Pierre Henri-Castel est directeur de recherches au CNRS (Paris Sciences et Lettres, Institut Marcel Mauss, EHESS – Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités, LIER). Ses travaux portent sur l’histoire et l’épistémologie de la médecine mentale, la philosophie de l’esprit et l’anthropologie sociale. Membre de l’Association lacanienne internationale (ALI), il exerce la psychanalyse à Paris.

« Mon but est de défendre la liberté de l’esprit. »

La conscience humaine fait partie des derniers mystères non encore résolus. Le Moi n’est-il déterminé que par de la biochimie ? N’est-il que l’interface de notre cerveau, une sorte de scène de théâtre sur laquelle se joue une pièce que nous ne pouvons pas mettre en scène librement ? C’est ce que prétend le neurocentrisme. Cette doctrine issue des sciences de la nature part de l’hypothèse que le Moi est identique au cerveau.

Markus Gabriel émet des doutes légitimes. Contre cette thèse rendant impossible toute connaissance de soi, il défend le libre-arbitre et nous livre une introduction à une réflexion philosophique moderne sur notre conscience.

Avec verve et humour, il s’attaque à l’image scientifique du monde et nous invite à réfléchir à ce que nous sommes – grâce à Kant, Schopenhauer et Nagel, mais aussi en compagnie du Dr. Who, de The Walking Dead et de Fargo.

Traduit de l’allemand par Georges Sturm

De quoi peut bien nous guérir la philosophie ? Sa compétence dépasse celle des chamans, des psychothérapeutes et des chirurgiens : la philosophie guérit la vie. Car vivre ne va pas de soi, et il n’est pas même certain que nous soyons armés pour cela. La vie n’est pas un sport de glisse, où il suffirait de se laisser aller à être soi. Il faut du courage pour exister. Il faut du panache pour affronter la réalité, son indifférence, son injustice et sa bêtise.
Et consoler ne suffit pas. Il nous faut un remède, une médecine. Pas de celles qui préconisent des solutions faciles, mais de celles qui permettent d’affronter les tempêtes, de traverser les orages. C’est cette médecine que délivre la philosophie. Elle ne tue pas ; elle rend plus fort.
Maux du corps et maux de l’âme, vieillesse, burn-out, addictions en tout genre, manque de volonté et mauvaises fréquentations, amour et chagrins d’amour, problèmes d’argent, de voisinage, de famille ou de bureau, coups de foudre et coups de sang, jalousie ou solitude, de Montaigne à Nietzsche en passant par Hegel et Descartes, la philosophie a tout affronté, et cherché à tout soigner.

Laurence Devillairs est agrégée et docteur en philosophie. Elle a notamment publié chez le même éditeur, dans la collection « Que sais-je ? », René Descartes (2013) et Les 100 citations de la philosophie (2015).

« La vie, l’univers et tout le reste… chacun d’entre nous s’est probablement déjà souvent posé la question de savoir ce que tout cela veut dire au juste. Où nous trouvons-nous ? Ne sommes-nous qu’un agrégat de particules élémentaires dans un gigantesque réceptacle qui contient le monde ? (…)

Je vais développer dans ce livre le principe d’une philosophie nouvelle qui part d’une idée fondamentale simple : le monde n’existe pas. Comme vous le verrez, cela ne signifie pas qu’il n’existe absolument rien. Notre planète existe, mes rêves, l’évolution, les chasses d’eau dans les toilettes, la chute des cheveux, les espoirs, les particules élémentaires et même des licornes sur la lune, pour ne citer que quelques exemples. Le principe qui énonce que le monde n’existe pas implique que tout le reste existe. Je peux donc d’ores et déjà laisser entrevoir que je vais affirmer que tout existe, excepté le monde. » Markus Gabriel

Traduit de l’allemand par Georges Sturm

Le Travail du psychanalyste

François Duparc

Le but de ce livre est de repenser le travail du psychanalyste dans une perspective de recherche quant aux moyens et aux visées de l’analyse contemporaine.
Au centre de ce travail, un principe de diversité pour accueillir, au-delà d’une nosologie statistique réductrice, l’éventail des pathologies actuelles à tous les âges critiques de la vie. Pour cela, la construction d’un cadre sur mesure est souvent nécessaire. Sans oublier les paramètres fondamentaux et traditionnels que sont la libre association par la parole, la neutralité et l’écoute bienveillante, ainsi que l’interprétation sous toutes ses formes, ce soutien spécifique du cadre peut aller des aménagements restaurant la contenance de l’agir jusqu’au psychodrame ou à la relaxation analytique.
Au-delà des rêves ou des fantasmes racontés, le matériel pris en compte par
l’analyste peut aussi inclure le préverbal et la résonance des émotions, voire les formes sensorimotrices des traumatismes, aux limites du somatique. Une analyse plus classique reste toutefois une perspective évolutive à plus ou moins long terme.
Dans un langage simple et clair, François Duparc présente ici les outils essentiels à la prise en charge psychanalytique des pathologies actuelles.

François Duparc est psychiatre, psychanalyste, membre formateur de la Société psychanalytique de Paris et du Groupe lyonnais de psychanalyse.
Il a publié de nombreux travaux, notamment sur la psychosomatique, les addictions, les conduites à risque, les idéologies et les nouvelles maternités.